Dernières pensées

Namaste,

Dernier post depuis l’Inde. Depuis que je vous ai quitté vendredi dernier nous avons effectué nos dernières consultations. Et pour cela nous nous sommes rendus à plus de 350km de Varanasi en voiture, soit 7h30 de route. Je vous raconte. Avec une moyenne de 60km/h nous empruntons les voies d’autoroute avant de nous perdre littéralement dans les étroits chemins boueux jusqu’au minuscule bourg de Deegh. L’autoroute… Encore une belle expérience. Elle ne porte ce nom que car l’asphalte est relativement en bon état, que des panneaux bleus surplombent régulièrement les voies, et que des barrières, sommes toutes broyées et défoncées, délimitent la chaussée. Autrement et bien c’est le chaos total. Les vaches et les chèvres ne semblent pas faire fi de la circulation, les vélos et piétons s’y aventurent dangereusement… Et surtout les voitures remontent avec aplomb les voies à contre sens, oui oui ! Alors je ne vous raconte pas nos têtes quand notre chauffeur, notre fou du volant s’est mis à rebrousser chemin car il avait loupé la sortie… Je lui ai crié « attention la chèvre ! », puis « attention, le bus !!! ». On ne faisait pas les fiers et nous sommes mis à prier sans réfléchir Dieu, Shiva, Bouddha, Allah même… Enfin, celui qui voulait bien nous garder en vie !

Bref, un peu blanc et les fesses bien tannées nous arrivons dans le village du Baba, sorte de gourou local, ami de notre chef de mission. Les pieds dans la boue, et la bouse accessoirement (et intelligemment en tongues) on nous entraîne sous une pluie battante pour nous restaurer. Il est plus de 16h nous n’avons pas déjeuner, nous pourrions engloutir une vache sacrée. Chez l’habitant, assis prêts du feu, nous engouffrons notre délicieux tali, plat incontournable de l’Inde, composé de plusieurs petits plats : legumes, dhal (soupe de lentilles), yaourt,  chapati, riz, épices et crudités. À peine 1/2 heure de répit et déjà il faut s’installer pour les consultations. Des centaines de villageois se pressent dans la cour de la ferme qui nous accueille. À l’abri sous un préau, on se débrouille comme on peut avec le bric à brac que nous avons sous la main. La nuit tombe vite, et au vu de la file qui ne cesse de s’agrandir nous ne finirons pas de ci tôt. Le baba nous installe une ampoule tournant à l’énergie d’un immense, bruyant et toxique groupe électrogène. La fumée nous asphyxie, nous nous plaignons de maux de tête, les auscultations sont impossibles… Nous finirons par nous rappatrier dans l’etable où nous passerons la nuit, à la frontale jusqu’à plus de 21h. La consultation est donc épuisante et les cas difficiles. Encore plus qu’ailleurs ce qui m’a frappé ce sont les conséquences des pesticides. L’empoisement est tel que les cas de cancers, de tumeurs, de malformations, de brûlures, de saturnisme, de difficultés respiratoires, d’infections intestinales… se succèdent. Aucune petite bronchite ou simple mal de tête. Nous sommes écœurés et impuissants. Cette dernière consult m’a fait me reposer la question de notre place ici… Cette impression que nous mettons une ridicule et inutile rustine sur un probleme beaucoup global. Mon constat est que je ne veux plus faire de l’humanitaire comme cela, partir pour une prévention bien en amont, contre la suprématie des geants de la pollution. Car sinon dire « ne mangez car vos champs sont pollués », « ne buvez plus vos nappes phréatiques sont un poison »,… Bordel, que faire?

Nous passons ensuite la nuit dans l’étable tous ensemble nos lits sont des tables accolées, nos matelas une pile de couverture… Mais vu le froid et la fatigue, apres que les musiciens nous ai offert un beau concert, nous filons dans nos duvets et partons pour les bras de Morphée. La nuit sera courte, les villageois s’entassent de nouveau, nous avons juste le temps d’enfiler nos vêtements et de boire un tchai que nous voilà répartis pour une matinée de consultations. Finalement, ce fut une très belle expérience, pleine d’humilité et de partage ; qui pour moi se traduira par une volonté de faire de l’humanitaire autrement. Une belle leçon de maturité et de prise de conscience.

Lundi, journée de réunion et rencontre avec deux médecins ayurveda qui ont crée une clinique spécialisée dans le diabète mêlant allopathie, homéopathie, ayurveda et musicotherapie. Ils ont leur propre émission de tv, leurs campagnes de prévention dans le pays. Assez extraordinaire.

Mardi petite journée repos pour faire les dernières ballades au lever du jour sur les ghats, les derniers achats pour remplir encore un peu plus le sac… Et puis mercredi, départ toute seule pour deux jours de retraite dans le centre de théologie de Krishnamurti à 1h de Varanasi. Deux jours de calme loin de la ville, dans la nature paisible, au milieu des arbres au bord du Gange sans agitation, deux jours de méditation et de repos, avec le plus possible de sérénité face aux choix de nouveaux corneliens que nous devons prendre Flo et moi concernant notre futur à court terme. Dans mon petit cottage avec terrasse avec vue sur le Gange, le temps semble suspendu, la journée est rythmée par mes siestes, mes lectures dans la bibliothèque avec sa baie vitrée à 180 degrés, l’observation de la nature, les ballades dans les champs et villages alentours. Krishnamurti n’était pas un gourou, même pas un homme de religion. C’était un philosophe, amoureux de la vie, qui a toujours critiqué sans retenu la pratique de toute forme de religion, de rituels, de prières, de puja… Il n’a jamais voulu de disciples, toujours neutre, à la même échelle que tout homme et toute femme qui pouvait être sensible à ses pensées. Un conférencier hors paire avec une vision de Dieu universel sans étiquette, une croyance en la bonté de l’ame humaine et avec la volonté de faire réfléchir l’autre par lui même et par l’expérience. Une belle parenthese pour terminer ce voyage qui a été placé sous le signe de la spiritualité, tant par cette ville si mystique, que par la place de la religion dans la vie de tous ces indiens rencontrés, que l’initiation à des rituels bouddhistes et hindous… Je garde en moi toute cette énergie et cette force qui anime les hommes, je ne reviens en rien convertit à quelque religion que ce soit, je reviens convaincu en ma philosophie de vie, en mes valeurs, nourrit de ses rencontres, de ses lectures, de ses pensées sereines. Je reviens sans réponse claire pour l’avenir mais je reviens plus apaisée, convaincue que la réponse est en moi et qu’en retrouvant les bras de mon bien aimé tout sera limpide.

Le retour est long, les aéroports froids, inconfortables et bondés marquent brutalement la fin du voyage et font traîné indéfiniment le retour à la maison… Il est 2h du matin pour moi, je suis a Delhi, le reste de l’équipe est parti je dois encore veiller sur tous mes bagages avant le check in dans 2h et le decollage pour instanbul puis Bruxelles a 6h45. Donc la fatigue se fait sentir serieusement.

Je rentre donc un peu différente comme apres chaque voyage. Je pensais detester l’Inde et aujourd’hui je regarde ce pays avec une certaine tendresse et avec un peu de tristesse. Plus encore qu’un voyage humanitaire, j’ai fait un voyage philosophique et humain plein de bouleversement, de rencontres, d’énergie et de serenite. On dit que l’on revient toujours changé de cet immense pays qu’est l’Inde… Pour moi c’est peut être plus de maturite, un regard plus confiant sur le monde avec des valeurs confirmés et des idéaux plus forts encore. Je reviendrais, c’est sur, mais pour le moment je suis trop en manque de mon amour, de ma famille, de mes amis et de mes repères. C’est que mine de rien, l’Inde c’est qd meme une sacrée claque !

Je mettrai bientôt les photos sur la galerie
Bon vent, et à bientôt sur les routes du monde

PS: Lucknow n’a servi à rien.. mon vol a deja 3 h de retard et je vais louper ma correspondance à Istanbul….. Raz le bol…

Votre Apprentie Nomade

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