Un réveillon ensablé

Salam alikoum,

Nous voilà de retour en France après une semaine de dépaysement et d’isolement total au milieu des dunes de sable chaud du Sahara marocain.

Après un très (trop) bref week end de Noel dans nos familles, nous partons de Nice en fin de matinée et arrivons à Casablanca deux heures plus tard. Après le passage en douane, il nous reste 12h à tuer avant notre prochain vol, le lendemain matin, pour Marrackech.

Nous prenons donc un train pour le centre ville où nous avons réservé un hôtel depuis la France. Comme à chaque périple : le choc culturel. Des gens partout, errants le regard vide, dans les bidonvilles, les terrains vagues, le long des voies ferrés au milieu des déchets, sacs plastiques et vaches en liberté.

Après 30 minutes de trajet, nous arrivons en ville. Nous ignorons les dizaines de taxis qui nous hèlent avec insistance et tentons de rejoindre notre hôtel. Ici c’est simple tu t’imposes ou tu crèves … à moins que ca ne soit tu t’imposes… ET tu crèves ? Les locaux slalomment entre les voitures, motos, vélos, ânes et vaches avec une agilité déconcertante. Nous, pauvres francais, attendons, hésitons, avancons et finalement reculons de justesse pour éviter de se faire tailler un short tant la circulation est dense.

A peine arrivés à notre hôtel (kitchissime à souhait), notre thé de bienvenue avalé, nous filons à l’autre bout de la ville découvrir l’immense mosquée Hassan II : tout simplement superbe (troisième mosquée plus grande du monde et une des rares visitables). En chemin nous traversons les rues sales et encombrées de Casa, manquons à deux ou trois reprises de laisser échapper une remontée tant les effluves de poissons, déjections et fruits pourris sont

insupportables.

La nuit est courte, debout 3h du matin pour rejoindre la gare puis l’aéroport. Arrivés à Marrackech nous ne nous attardons pas et partons prendre un bus pour Ouarzazate, 200 km plus au sud. Même pas malades ; nous nous concentrons sur les paysages vertigineux de l’Atlas et de ses teintes exceptionnelles, le rouge sang de la terre et des canyons, le vert des palmiers et des buissons, le bleu pur du ciel d’hiver, quelques sommets enneigés et oasis pour venir compléter la palette de couleurs. Le trajet ne devait durer que 3h30… nous arrivons finalement plus de 6h plus tard. La soirée est courte, nous profitons comme il se doit des draps propres, de la douche et du chauffage de notre confortable chambre.. avant nos 5 prochains jours d’aventure.

Le lendemain, levés comme des poules. Avec Mohammed, notre guide-cuisinier et notre chauffeur, nous filons en 4×4 direction M’Hamid à plus de 250 km (encore plus au sud). Nous restons silencieux pendant les 5h de route, admirant une fois encore les paysage se métamorphoser à une vitesse impressionnante. A 12h, rapide pique-nique dans les pierriers assourdissants de calme, puis nous quittons la route pour les pistes roses ensablées. Nous bivouquons ce premier soir à la naissance de l’erg Bouguerne, au milieu des dunes de sable fin. Nous plantons notre tente, dégustons notre thé à la menthe et partons jouer, rouler, nous jeter dans les dunes jusqu’au soleil couchant. « Touristes… » comme dirait Mohammed. Nous faisons connaissance avec nos deux chameliers berbères, Amed et son petit frère El Hussein, ainsi que nos quatre dromadaires rebaptisés Mickael (Jackson de son petit nom) car le seul blanc ; Pai Pedro (voir le portrait page 2 avant dernière photo, trop une bonne tête), Jamaica (car trop trop cool, trop trop lent…) et Romeo (mon nouvel amoureux !).

La nuit est glaciale … Flo regrette encore d’être sorti en pleine nuit, pipi oblige : il faut dire qu’avec tout ce thé et toute cette soupe… Je reste emmitouflée jusqu’au sommet du crâne dans mon duvet et drap de soie, luttant contre mon angoisse d’etouffer. Les deux tee shirt, polaire, cache oreilles, collants en pilou pilou et grosses chaussettes ne sont pas de trop !

Après avoir plié nos affaires, évitant consciencieusement de rentrer trop de sable dans nos sacs (c’est la naiveté des premiers jours des vrais débutants du désert, quel blague, du sable y en a partout et à la fin on s’en fou !), nous prenons notre petit déjeuner à la lueur des premiers rayons du soleil et partons rapidement derrière notre caravane berbère et leurs gps intégrés (on ne sait toujours pas comment ils font pour s’y retrouver dans ce vide intersidéral où chaque tas de sable ressemble au tas de sable voisin).

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Nous traversons alternativement les étendues plates aux plaques de sables craquelantes de sécheresse, quelques kilomètres plus loin de petits buissons rachitiques témoins d’un filet de vie dans les profondeurs, encore une dizaine de kilomètres et des dunes roses, rouges, orangées valonnant le paysage tout en grâce et rondeur (cassants nos pauvres mollets à la montée, et remplissant nos chaussures en descente). Et ainsi de suite pendant … 7h. Et cela encore pendant les 4 jours suivants. Naifs que nous sommes. A la vue de la description du trek, malgré les 5h quotidienne inscrite noir sur blanc sur notre plan de route, on se disait, un peu crédules : « Ouarff, la blague, c’est 5h en comptant les pauses, l’apéro, la sieste… ca va être eeaasy ! ». Euhhh, en fait, encadrés par un marathonien berbère, 26e sur 1000 au marathon des sables, c’est pas vraiment la même. Surtout quand pour ne pas trop la jouer fainiasse je réponds un peu trop précipitemment à sa question : « Vous êtes sportif ? » par un ton plutôt assuré « Oui plutôt. On adooooore la marche ! ». Du coup pour nous faire plaisir, il prolonge ce premier jour de mise en jambe de 2h30 supplémentaire. J’aurais mieux fait de me taire môa !

Roméo, mon nouvel âme soeur donc, me regarde tout le voyage d’un regard humide et langoureux. A notre pause fruit sec (oui, on a le droit à une p’tite pause de 10 minutes quand même) il s’approche toujours un peu rapidement de moi avec son regard transit d’amour et son sourire ravageur  (même avec une patte attachée en l’air pour éviter qu’il ne s’enfuit, un dromadaire ca se propulse vite dis donc ! ) à plusieurs reprises il manque de me lêcher derrière l’oreille … ou de me croquer, qui sait ? Le petit chamelier, heureusement, veille au grain sur ce Don Juan de malheur. Faudrait pas qu’il s’endorme celui-là !

Les jours s’enchainent, nos doigts et orteils gonflent dès les premières chaleurs (20-25 degrès) du jour :  mes doigts déjà petits se transforment vite en knackis balls douloureux, mais le pire reste nos pieds. Irrités par le sable s’insinuant dans chaque recoin de nos chaussettes, les ampoules sont chaque jour un peu plus grosses. Comme dit Flo : « Les traces de pieds dans le sable, c’est bien notre logo … mais avec un filet de sang et des bouts de peau derrière ». Nous finissons nos randos en plein cagnard en chaussettes, inspectons nos pieds, refaisons consciencieusement nos bandages à l’installation du bivouac… et serrons les dents le matin au moment de réenfiler nos chaussures. Le deuxième jour, les larmes aux yeux de douleur, le chamelier me propose de commencer la rando sur le dos de Mickael (le dromadaire blanc, vous avez suivi ?). Trop happy … et trop crispée. Cette démarche nonchalante fait dangereusement tanguer à droite gauche avant arrière de manière imprevisible. Bien bien fun, surtout quand Amed tend la longe à Flo, jamais très à l’aise avec les bêtes. Mon fiancé n’arrêtait pas de scruter l’ombre de la mini caravane, tendu à l’idée que notre destrier ne viennent lui souffler derrière la nuque ou fouiner le contenu de son sac à dos et manger ses mandarines. En un mot, j’étais morte de rire du haut de mon dromadaire.

Troisième jour, la rando est difficile, les douleurs de pieds sont toujours un calvaire. On se traine un peu quoi. Mohammed a l’air de s’impatienter. Il nous dit soudain : « Tu vois la dune au loin, la petite pointe qui dépasse (je réponds avec très peu de conviction un « Euhhh.. ouiiii »), et bien vous marchez tranquille, c’est pas très loin, à peine un petit chouia (conseil, se méfier des chouia berbères, et encore plus des petits chouia) ; moi je pars en courant installer le bivouac et on se retrouve là bas ! ». Comment vous dire que quand on voit notre guide partir en courant au loin, disparaître rapidement derrière les dunes, on balise un peu, on check un peu de manière obsessionnelle le contenu de notre gourde et on avance prudemment en vérifiant la trajectoire à chaque sommet de dune pour garder le cap. On se fait quelques frayeurs en doutant… le suspense, le suspense. Et on arrive finalement … 1h30 plus tard, exténués ! Argl, sacrés berbères.

La vie au bivouac est géniale. Ils sont tous aux petits soins avec nous. Thé à la menthe trois fois par jour, le petit déj royal le matin, le couscous, le taijine ou les légumes mijotés, les soupes, les fruits ex-ce-llents ! Et puis le pain : comment vous décrire le moment magique de la cuisson du pain ? 3ème jour, le bivouac est installé, la lumière du jour s’amenuise. Nous rejoignons Amed et le petit chamelier afférés une dune plus loin (marrant comme le référentiel métrique est vite abandonné dans le désert). Creusé dans le sable, ils viennent de construire un véritable four à pain et retournent avec un geste sûr les pates venant d’être pétries. Sous la coupole céleste, la lune et les flammes de ce four improvisé sont nos seules sources de lumière. Et c’est tout simplement magique et inoubliable surtout quand au loin, au sommet de la dune se découpe la silhouette du dromadaire avec qui joue son petit maître au ciel rougissant. Nous finissons nos courtes soirées (nous nous calons sur le rythme du soleil) par un feu de camp où nous échangeons sur leur vie ici, de marocains, de nomades, de berbères ; jouons aux devinettes ou bien restons silencieux devant la danse obsédante des flammes ou la trajectoire des satellites au dessus de nos têtes.

Nous célébrons donc le passage du nouvel an dans cette atmosphère atypique, dépaysante autour d’un thé à la menthe et quelques pâtisseries marocaines et nougats dromois. Inoubliable ! Nous nous couchons bien avant minuit froid et fatigue oblige. Nous nous souhaiterons Flo et moi la bonne année à 1h23 précisément : j’étais un peu fière de pas avoir encore été malade, surtout en buvant l’eau du puit. Argl, mon intestin s’est soudain rappelé à mon bon souvenir, et m’a précipité dans le noir derrière les dunes une bonne partie de la nuit. En clair, une année commencant sous le signe du glamour et du romantisme non ?

Le retour est plus difficile à travers les montagnes de l’Atlas, la nausée est omniprésente durant ces virages interminables. Après plus de 9h de route, nous voilà à Marrackeck. Et le choc : après 6 jours de calme, d’isolement, de plénitude nous voilà dans la foule compacte remuante et bruyante. Nous n’avons plus d’argent, nous espérions pouvoir retirer en ville … les distributeurs sont tous vides… nous nous arrangeons avec l’hotel pour le taxi de demain car nous n’avons même plus de quoi manger ce soir. Nous prenons une douche (après 5 jours sans eau… ca fouette) et plongeons dans nos draps. Nous repartons le lendemain à 3h du mat, et posons le pied en France à 12h.

Y nous faudrait des vacances pour récupérer de celles-ci … 😉
Une expérience inoubliable, des rencontres stupéfiantes de simplicité, de douceur et de générosité. Choukran (Merci)

A très bientôt sur les routes du monde,

Vos Apprentis Nomades (…qui font pâles figures à côté des véritables hommes des sables)

 

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