Le canoé … plus jamais !

Hohé matelots !

Je crois que tout est dans le titre… Mercredi dernier nous partons donc frais et dispo au lever du jour récupérer notre embarcation pour les trois jours à venir. Lorsque le loueur nous confie le canoé et nous répète les consignes de sécurité, on le regarde un peu de haut, l’air de dire : « Mon p’tit gars, le canoé ça nous connaît, la Drôme ça te dis peut-être rien, mais nous on est des enfants du pays, ok ! Ta Whanganui river, les doigts dans le nez ! ».

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Il est l’heure d’enfiler nos gilets de sauvetage, de fixer nos bidons et nous voilà parti à bord de Maïté, prêts pour 100km de descente. Pourquoi Maïté ? C’est très simple, notre navire n’est pas spécialement hydrodynamique, il semble avoir été taillé à même le tronc, pèse à tout casser 3,5 tonnes, et avec ces 3m de long on ne peut pas vraiment dire qu’il a la fière allure d’un sportif de compétition ! Au bout d’un kilomètre et déjà des centaines de coup de pagaie, l’absence de vent et la rivière large comme cinq autoroutes nous font imaginer avec terreur les 99km suivants ! Au bout de 20 min, on maudit déjà le loueur qui nous avait confié que cette descente serait presque une croisière : « Le courant fait 80% du job ! », mon oeeeeeeeeeil !

Un peu distraits, nous sommes en pleine conversation avec un allemand agile avec son kayak fuselé lorsque nous atteignons le tout premier rapide. Au dernier moment, je crie à Flo, « droite ou gauche ??! » … avant de nous encastrer en plein milieu de la rivière, sur un gros tas de bois qui nous fait basculer sur le côté. Nous chavirons, forcément… l’embarcation se remplit d’eau, et nous sommes dangereusement plaqués contre. Je suis aspiré sous le bateau, essaie de garder la tête hors de l’eau en m’agrippant à Maïté qui a quadruplé son poids ! Il nous faudra plus d’un quart d’heure et l’aide de deux autres galériens providentiels pour nous sortir de ce mauvais pas. Bilan : deux bidons se sont détachés et ont été submergés… nous n’avons même pas une petite culotte sèche… les jours suivants s’annoncent humides. Notre bon vieux Ipod, pourtant rescapé de 8 ans de baroude, fait bloups lorsqu’on essaie de l’allumer… et surtout, l’appareil photo rouge waterproof trouvé dans un lagon en Australie, s’est fait la malle. L’ayant posé malencontreusement sur mes genoux au moment du naufrage, il a coulé comme une pierre, et avec les 5 ou 6 mètres de profondeur et l’opacité de l’eau, impossible de le retrouver ! Cet appareil, qui se prend décidément pour un poisson, est peut-être destiné à ne pas avoir de propriétaire, qui sait !

Un peu le moral en berne, nous comptons déjà les dizaines de bleus sur notre peau… et repartons. Je ne suis pas très sereine, si seulement il était possible de faire demi-tour ! Nous SERRONS donc notre gilet de sauvetage, ATTACHONS FERMEMENT les bidons, et repartons pour 6h de pagaye avant la prochaine aire de camping.

On ne vous cachera pas que ces trois jours de descentes nous ont paru interminables, les douleurs aux épaules sont devenus insupportables au bout de quelques heures. La rivière, sans AUCUN courant, s’est plutôt révélée être un lac, ou une « grosse flaque » selon Flo et prenait un malin plaisir à nous faire reculer avec le vent de face malgré tous nos efforts. En arrivant enfin au campement et croisant le regard las et désespéré d’une poignée d’autres « sportifs », nous partageons la galère que nous avons tous traversé… ! Toutefois, le paysage est très beau, les fougères et plantes grimpants le long de parois vertigineuses donnent des allures de jungles tropicales, l’impression de voguer sur l’Amazonie. En l’absence de vent, la surface de l’eau se transforme en miroir révélant des formes géométriques aux airs mystiques… Mais au bout de quelques heures, tout paysage, aussi beau soit-il, devient lassant ! Bref … c’était bien la m… !

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P1230685100km plus bas, nous sommes donc plus qu’heureux d’arriver ! Nous profitons des jours suivants pour nous relaxer un peu, soulager nos courbatures et parier sur la couleur de nos bleus le lendemain. Au vu du mauvais temps, nous décalons notre trek suivant et partons un peu plus au nord. Nous nous offrons une après-midi thermes autour du lac Taupo : l’eau bouillante jaillissant à 140°C se déverse dans différents bassins extérieures (de 42°C à 37°C), où nous pouvons tremper avec délice nos muscles douloureux.

Nous faisons également halte dans les grottes de Waitomo (une activité « Moser » comme dirait Flo). Malgré la beauté des lieux, les stalactites impressionnantes et même les milliers de lucioles illuminant les plafonds comme un ciel étoilé, nous sommes vraiment déçus du monde ! Habitués jusqu’ici à des activités en plein air peu compatibles avec les bus de chinois, nous nous retrouvons dans un parc bondé à devoir quasiment avancer à la file indienne !

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P1230783Nous redescendons donc ensuite vers le parc national de Tongariro, la fameuse région où ont été tournées les scènes du Mordor dans le « Seigneur des Anneaux ». Nous appréhendons ce trek car, prévu normalement en 3-4 jours, nous nous lançons le challenge (en fallait-il encore un ?) de le parcourir en 2 jours. Nous nous levons à l’aube, en vue d’éviter le flot de touristes faisant une portion du trek sur la journée. 7h du matin, trop tard… les bus s’alignent déjà et lâchent des grappes de marcheurs. Le dénivelé est plutôt fort, et les escaliers qu’ils ont eu la fâcheuse idée de placer tout au long de la montée cassent les jambes. Pour vous donner une idée de l’état nerveux de mon chalou, qui se révèle un brin asocial : en pleine montée, alors qu’essoufflée je peine à grimper ces put… d’escaliers, il ne trouve rien d’autre à me dire que « ça te dis qu’on accélère un peu, y a trop de monde là ? »

P1230809Malheureusement, arrivés au sommet, une purée de pois nous entoure, et impossible de voir à 5m. Les lacs de souffres sont dissimulés par la brume, seule l’odeur tenace d’œuf pourri parvient jusqu’à nous (c’est fou comme nous avons eu envie d’œuf mimosa pendant toute la descente !). Le ciel en fin de matinée, laissera percer le soleil et révélera un paysage spectaculaire. Un environnement volcanique rude, noire, rouge, ocre, poussiéreux, aux aspects lunaires ! Du minéral à l’état brut, impressionnant et stupéfiant. Seuls au monde, nous ne croiserons plus personne… On imagine facilement les scènes de batailles avec Sauron ou encore la descente des pierriers par deux hobbits aux portes du Mordor ! Génial !

Finalement, nous mettrons un peu plus de 7h pour ce premier jour de marche, puis 6h30 le second. Les chevilles, les genoux et le dos en compote après avoir parcouru les sentiers défoncés, la pluie diluvienne pendant 5h non-stop sans abris, les larmes aux yeux sur les derniers kilomètres… nous nous en souviendrons longtemps. Mais on se souviendra aussi de l’impression d’avoir atterri sur Mars, puis de la brume épaisse donnant un aspect hivernal et l’envie de ramasser de la mousse pour fêter Noël en plein mois de février … et surtout d’être allé au bout de ces 46 km ! Et d’en être sacrément fiers mine de rien !

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Aujourd’hui, un peu carpet, on a décidé de ne RIEN faire. Une bonne connexion internet, une lessive, une douche chaude et le luxe d’un lit dans une petite cabine… il ne nous faut rien de plus. Demain nous repartons au nord vers plus de soleil on l’espère, de plage et bientôt de plongée sous-marine.

On vous embrasse, passez faire un tour dans la galerie, quelques photos vous attendent !

A bientôt

Les Apprentis Nomades

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