Terre, feu, mer…

Bonjour tout le monde,

Depuis notre dernier trek à Tongariro, nous ralentissons un peu les challenges ultra-sportifs et profitons de la superbe côte qu’offre le nord de la Nouvelle-Zélande. Bien-sûr, nous irions bien plus vite à dos de chameau, car « Poub » notre fier destrier depuis Wellington, semble avoir été conçue pour profiter au maxxxxximum du paysage et éviter tout excès de vitesse. Cinq heures pour parcourir 250 km… Bon ok, on s’est perdu et bon d’accord on est partis dans l’autre sens … maaaaais tout de même ; à 50km/h en moyenne, la journée passe très vite !

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P1240067En arrivant dans les environs de Rotorua, région volcanique au nord du « Mordor », nous avons la sensation d’être sur une autre planète. Ici les bouches d’égout fument, les lacs prennent toutes les couleurs du rouge carmin au vert émeraude en passant par l’orange. Même la boue, aux vertus détoxifiantes, prend vie et saute dans tous les sens dans de grandes gerbes bouillantes. Dans ce monde étrange où feu et terre se côtoient, chaque pas est calculé : cette petite flaque à 140°C par exemple mérite d’être contournée. Tiens, il dit quoi ce panneau là-bas ? Ben il disait « ne t’approche pas, c’est un coup à fondre tes tongs ».

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C’est à travers un nuage dense d’arsenic, d’acide sulfurique, chlorhydrique… que nous apercevons ce paysage mystique tout droit sorti d’une marmite aux sorcières. Mes yeux déjà sensibles après le combo lentilles-vent-réverbération solaire-eau croupie, prennent une inquiétante teinte rouge ; « l’œil du diable » pourrait-on dire ça serait de circonstance. P1240028L’hypocondriaque que je suis, après un millier de « t’en penses-quoi, il est plus rouge, moins rouge, t’as vu il pleure, dis je fais quoi ?…  », et face à un Flo les larmes aux yeux quand il s’agit de me regarder dans le blanc de l’œil, je consulte un ophtalmo. Au final rien de dramatique, à part que mes yeux sont secs et rêches comme du papier de verre. Prescription : gouttes dans les yeux toutes les 2 heures, éviter le soleil, la plage, la pluie, le vent, la clim, les thermes, l’arsenic, l’acide sulfurique, l’eau douteuse et interdiction de porter de lentilles le plus longtemps possible. Pas évident tout ça lorsqu’on voyage mais bon… cinq jours après, ça va mieux, mais dans le doute je continue d’assumer mon style unique : paire de lunettes pour la vue, surmontées de ma paire solaire. Ah bah, Karl Lagarfeld n’a qu’à bien se tenir 😉

P1240106Autant vous dire que nous ne nous éternisons pas dans la région et préférons l’air marin de la péninsule de Coromandel à l’ouest d’Auckland. Mais même sur la plage il faut se méfier des facéties géothermiques : à marée basse des sources d’eau à 64°C se créent sur le sable et se transforment aisément en baignoires pour le plaisir des visiteurs. Chacun y va de son coup de pelle et trempe gaiement ses fesses dans ces piscines à ciel ouvert. Coromandel est un véritable bijou, des plages paradisiaques, une côte dentelée, des myriades d’ilots, de réserves naturelles… C’est un endroit où il fait bon vivre, nous cédons volontiers à un peu plus de confort (et oui vrai camping plus de deux nuits de suite) et nous autorisons quelques délices locaux : burger et bière maison. Bon, j’avoue que c’est plus cool de voir la brasserie que Arlette la jolie vache du pré et probable candidate pour les burgers du soir mais désolé Arlette, après le cheddar-crackers et les avocats que je ne peux plus voir en peinture, on se damnerai pour un steak !

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On ne larve pas pour autant et une petite balade de 3h nous remet en selle en nous faisant découvrir les derniers grands Kauri de la région, des « baobabs » néo-zélandais. On a vérifié et ils font bien plus de 10m de circonférence ! Plus que des hobbits, on se sent lilliputiens… !

Le temps d’un brunch, nous rentrons en France avec l’arrivée de Lionel et Camille, l’occasion de prendre des nouvelles de tout le monde et partager un plateau de fromage bio en compagnie de toute la ménagerie (lama, chèvre, mouton, lapins, poules…). On souhaite un bon voyage aux deux tourtereaux, merci pour ce chouette moment. Puis il est temps pour nous de monter jusqu’à la péninsule nord et de partir faire quelques bulles.

Hier, en se réveillant sous une bruine continue et un ciel blanc comme un manteau d’hiver, on grelotte à l’idée de se jeter à l’eau… On est loin des températures tropicales et de l’eau turquoise, mais avec une combinaison de 7mm, des bottines en néoprène et une capuche, on se sent prêt à braver n’importe quel environnement… !

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1901849_759301144087963_207077028_nPremière plongée : l’épave du Canterbury, 30m de profondeur, visibilité 10m, température 19°C… On plonge comme des pierres au fond de l’eau, atteignant rapidement la plénitude de la narcose à une telle profondeur. L’épave, coulée volontairement il y a 7 ans comme récif artificiel, s’esquisse sous nos palmes, et rapidement nous atteignons la proue aux allures de Titanic. Les algues et poissons ont élues domiciles et envahissent chaque ponton, chaque coursive. Je ne sens même pas la panique m’envahir alors que notre instructeur disparaît par une porte et s’engouffre à l’intérieur du bateau… Ni une ni deux, je suis sa torche, et nous voilà tous en train de parcourir les cabines par la seule propulsion de nos palmes ! C’est insensé, un peu oppressant, mais tellement magique ! En me retournant, je vois Flo complétement gaga, rire comme un bossu dans son détendeur, heureux (et un peu narcosé !). Nous prenons le temps de parcourir chaque recoin du navire où le corail rivalise de beauté et de couleur… mais rapidement, le froid mordant se rappelle à notre bon souvenir, et il devient difficile pour moi de respirer sereinement, envahie par le grelottement. Impossible de sentir mes orteils et de me réchauffer, et avec une respiration aussi superficielle, je consomme mon oxygène très rapidement ; il est temps de remonter.

1656237_759301207421290_1317064255_nLe courant est fort en surface, et exténuée, je commence à tomber en hypothermie. La sensation est étrange, je ne me souviens que de m’être agrippée à l’échelle du bateau, d’avoir lancée mes palmes, fermée les yeux et m’être écroulée encore toute équipée sur un matelot venu me porter secours. Un petit black-out plus tard, on m’a réchauffé, je peux rebouger mes membres anesthésiés et respirer plus facilement… un petit moment de frayeur ! On me gave de barres et de chocolat chaud, et deux heures plus tard, c’est reparti pour un tour !

Aujourd’hui, la météo décidément peu clémente, nous force à repousser notre plongée sur le Rainbow Warrior, qu’importe ce n’est que partie remise et l’occasion de monter à l’extrémité nord de Nouvelle-Zélande, au Cap Reinga pour un petit trek de plusieurs jours !

On vous embrasse,

Les Apprentis Nomades

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